Durée de lecture : 36 min

La vie des femmes à Arnouville
pendant la 2ème guerre mondiale.

Dès le début du conflit et pendant toute sa durée, les Arnouvilloises sont confrontées à des pénuries en tous genres et à un cortège de rationnements : cartes d'alimentation, de textile, de charbon, etc..., établies suivant les différentes catégories de population (J1, J2, J3...) et délivrées par la mairie.

 

Pour faire vivre leur la famille, elles pratiquent l'art de la débrouille.À la différence des citadines, elles peuvent cultiver un jardin, mais cela alourdit d'autant leur charge de travail.

Les difficultés sont alors plus grandes pour les nombreuses femmes dont les maris sont au front, prisonniers ou au Service de Travail Obligatoire. Elles sont obligées de travailler pour assurer la survie de leur famille, et ceci malgré la politique du gouvernement de Vichy visant à maintenir la femme au foyer et à encourager la natalité.

Malgré ces dures réalités, des femmes s'engagent dans des réseaux de résistance, parmi lesquelles Léontine Lizart et Raymonde Mignon, qui intègrent le Comité local de libération d'Arnouville créé en août 1944.

Les femmes sont sur tous les fronts pendant les années 1939/1945, à Arnouville comme ailleurs.Elles jonglent avec les restrictions, remplacent les hommes au travail, s'engagent parfois dans la résistance.

La vie d'une femme à Arnouville de 1939 à 1945 :

Fille de cultivateur, elle est obligée à 17 ans, en 1914, de remplacer pour les travaux de la ferme, son père, mobilisé, et son frère, tué dès septembre 1914.

Son mari, parti à la guerre à 19 ans, en était revenu, blessé et gazé. Elle vit donc avec angoisse la déclaration de la guerre en 1939 : son fils vient d'avoir 18 ans!

Elle met sa fille en pension, en province, jusqu'à l'exode de 1940, pour la soustraire aux bombardements éventuels de la région parisienne.

L'exode! Son mari est muté à Perpignan et son fils, à Bordeaux. Elle rejoint sa fille et les grands-mères, dans un petit village. Dans chaque ferme, abandonnée par ses habitants, il faut traire les vaches qui souffrent d'avoir trop de lait, nourrir les chiens abandonnés et ...supporter les envahisseurs!

Septembre 1940! La famille, saine et sauve, après maintes péripéties, est de nouveau réunie à Arnouville..

Quand les restrictions alimentaires commencent à se faire trop sentir, elle quitte son travail de confection à domicile et se trouve une embauche dans les fermes de la région. Elle participe à la récolte des petits pois, à la moisson, à l'arrachage des pommes de terre et à celle des betteraves.

 

Que ces dernières sont dures à sortir du sol avec la petite fourche, quand la terre est gelée! Son fils vient parfois l'aider dans ce travail si pénible . Pendant une cueillette de petits pois, elle assiste avec sa fille, à une bataille entre deux avions ennemis; les balles sifflent autour d'elles...

Pour se rendre aux champs, elle utilise sa bicyclette, tractant une petite remorque dans laquelle elle rapporte parfois son salaire en nature! Elle réussit à louer un peu de terrain dans la plaine de Bouqueval où elle plante des pommes de terre. Il faut surveiller les larves de doryphores qui abondent et les écraser sous les feuilles; la famille est embauchée, bien sûr!

Le petit jardin, derrière la maison, est rentabilisé au maximum, les poules et les lapins choyés! Pendant l'hiver et le printemps, elle fait des travaux de couture chez des cultivateurs qui lui donnent, en échange, des produits de la ferme.

Mais aussi par tous les temps, combien d'heures passe-t-elle, prévenue par l'affichage des commerçants, à attendre, sur le trottoir, l'arrivage de la nourriture convoitée! Angoisse : en restera-t-il encore, pour pouvoir être servie, en échange des tickets de rationnement ? (Voir photos au début de l'article).

Et la cuisson ? Du gaz de mauvaise qualité. Peu de charbon pour la cuisinière : il faut le garder pour le chauffage central ! Elle bricole alors une sorte de marmite norvégienne : la nourriture est chauffée à ébullition, puis le faitout est enveloppé dans une couverture. La chaleur est conservée et permet, parfois, d'arriver à une cuisson convenable!

Dans la cuisine, qu'il fait bon !...même si la buée se transforme en glace sur les vitres. En ces années d'hivers très froids, elle confectionne une robe de chambre dans une vieille couverture. Sa fille étudie, ainsi vêtue, dans son lit, un bonnet de laine sur la tête, les doigts pleins d'engelures. Les volets ont été bien calfeutrés, pour qu'aucune lumière ne filtre à l'extérieur sous peine de pénalités par la Défense Passive !

Que fait-elle encore ? Du raccommodage, des transformations pour que le linge serve le plus longtemps possible. Elle taille, par exemple, des petits draps dans de grands draps usés, et les chutes servent à faire des taies d'oreillers, des torchons...

Tout ce qui est tricoté et usagé est réutilisé pour faire des chaussettes, des pulls et des écharpes . Elle retourne les manteaux qui semblent neufs quand on les porte de nouveau...

Mais elle a bien d'autres soucis : elle s'inquiète pour son fils, quelque part dans un maquis, pour son mari, très actif dans la Résistance Fer et Libération Nord, pour sa fille, quand cette dernière remplit des cartes d'identité vierges "données" par le commissariat de Gonesse .

Elle se tourmente aussi , chaque jour, quand elle voit les siens partir pour Paris, sachant qu'ils voyagent souvent sur les marchepieds des trains bondés, risquant d'être mitraillés, tués comme le fut le professeur de sciences de sa fille.

Elle s'inquiète pour sa voisine qui cache parfois des personnes recherchées (résistants, aviateur anglais...). Elle cache dans sa cave un voisin, jamais reparti après une permission du S.T.O. (pour les obsèques de son père). Il s'occupe à moudre du blé ...dans le moulin à café! La farine servira à sa femme et à son bébé et il lit, beaucoup!

Peu à peu la libération approche. Elle confectionne alors une guirlande de drapeaux des pays alliés qu'elle compte bien mettre à la fenêtre le jour de la libération...Ce qu'elle fit, bien sûr !

Maison d'Arnouville, pour fêter la libération, des drapeaux aux fenêtres

C'est la débâcle pour les Allemands. Ils font sauter tous les ponts d'Arnouville, le fort de Stains . La terre recouvre la ville . Les Allemands cherchent Meaux ...et les bicyclettes, qu'ils réquisitionnent pour fuir : alors elle aide à monter les vélos de la famille par la petite trappe du grenier .

Pendant les quelques jours qui séparent la libération de Paris, (25 août 1944) de celle d'Arnouville-lès-Gonesse, (29 août 1944), il n'y a plus d'électricité, plus de nouvelles...

C'est par un petit poste à galène qu'elle suit les événements et communique l'avance des alliés aux voisins, désolée quand une explosion proche déplace la petite pointe et coupe le contact.

Arnouville : Pont du Cottage détruit, libération au quartier de la Gare

Plus d'eau non plus ! Il faut aller, chacun son tour, la remonter du fond du puits de la rue voisine . Mais, après la libération, fatiguée, amaigrie, c'est avec joie qu'elle accompagne sa fille aux bals de Gonesse et d'Arnouville-lès-Gonesse, de 21 heures à 5 heures du matin !
Et, pour répondre aux demandes de la Municipalité, elle accueille pour leurs permissions, deux militaires de la 2ème D.B., mais aussi à 3 soldats américains !

Un Grand Merci à cette Arnouvilloise qui a pris le temps de nous raconter par le menu détail  sa vie pendant la seconde guerre mondiale et nous a prêté ses photos personnelles pour illustrer cet article.

Arnouvilloises et des Soldats Américains

Vol de Blé

Arnouville : Mme Rosalie O..., 37 ans, couturière, a été condamnée à un mois de prison avec sursis et 10 000 francs d'amende pour vol de blé . (D'après "La Tribune de Seine-et-Oise", 18 décembre 1943 ).

Journées des Mères - Dimanche 30 Mai - Affiche

Courageuse Attitude : Mme Demusois, la dévouée et sympathique compagne de notre ami Antoine Demusois, député-maire, ...recherché par la police de Pétain, s'était réfugiée près des Chartres et continuait dans l'illégalité le combat contre l'occupant.

Elle avait caché un officier aviateur de la RAF, seul survivant d'un avion abattu par les allemands. Cet officier canadien, de retour dans son pays, n'a pas, lui aussi, oublié celle qui l'avait sauvé et à plusieurs reprises, a écrit à Jeannette pour la remercier. (D'après "Renaissance du Val d'Oise, 29 juin 1946)

Honneur aux Mamans : Selon  le  vœu  du  Maréchal,  les  mamans  de  France ont reçu  dimanche  les  hommages  respectueux   de  leurs  enfants  et  ceux  des  représentants  de  l'Etat  et  du  gouvernement. Dans  toutes  les  communes,  au  cours  de  cérémonies  officielles,  des  services religieux,  le  rôle  des  mères  de  la  Patrie  Française  a été  exalté. ( La Tribune de Seine et Oise, 5  juin  1943)

Prime à la Natalité : Considérant  qu'il  est  du  devoir  des  municipalités  de  procéder  à toutes  les  réalisations  permettant  d'améliorer  le  sort  de  la  famille,  cellule  initiale  de  la  communauté  nationale,  et  d'encourager  au  maximum  la  natalité  pour  répondre  à  la  politique  familiale  de  Monsieur  le  Chef  de  l'État,  et  de  coopérer  ainsi  à  l’œuvre  de  redressement  de  la  patrie,  (...)  décide  dans  le  but  d'encourager  les  naissances  et  de  remplir  son  rôle  social  vis-à-vis  de  la  famille  et  des  jeunes  mamans  de  créer " Une Prime Communale à la Natalité  ". ( Délibération  du  Conseil  Municipal, 24  juillet 1943 ).

La vie des femmes pendant la 2ème guerre mondiale.
Étiqueté avec :        
Merci de partager :

2

2 Comment threads
0 Thread replies
0 Followers
 
Most reacted comment
Hottest comment thread
2 Comment authors
Charlet Bernardkohlan Recent comment authors

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

plus récent plus ancien plus voté
kohlan
Invité
kohlan

Bonjour je suis la petite fille de Jeanne et Antoine Demusois qui m'ont élevée jusqu'à mes 6 ans Que de souvenirs inoubliables , un enseignement de vie et de savoir être. Merci beaucoup pour ces souvenirs partagés

Isabelle Bergogne

Charlet Bernard
Invité
Charlet Bernard

Je me rappelle de Léontine Lizard une mamie pète-sec au franc parler épaisse comme mon petit doigt on se voyais presque tous les Dimanches à la Gare car il y avait une petite cabane démontable qui était mise de bonne heure pour vendre l' Humanité Dimanche aux gens qui venaient au Marché. Il y avait aussi Mr Frachebois qui habitait rue de la fontaine / rue Diderot à coté du pont du Cottage. Le fils de Léontine habitait rue Raymond Bergogne presque à la rue Charles Vaillant et son fils Michel était à l' école de la Gare avec nous… Lire la suite »