Durée de lecture : 43 min

Peu de Communes peuvent se targuer d'avoir eu un Roi qui y est passé.

Pourtant, ce n'est pas le cas d'Arnouville, puisque, avec d'autres personnages historiques, Louis XVIII y séjourna pendant 3 jours. Le Roi Louis XVIII

C'est cet épisode très important que nous allons vous raconter. 

Etape royale:

Alors qu'il se dirigeait vers la Capitale pour revenir sur le trône, en 1815, Louis XVIII s'arrêta au Château pendant trois jours avec sa suite, non sans bousculer la vie du petit village.

Le tout Paris s'y précipita pour intriguer ou soutenir le Roi. 

La France était en guerre en ce mois de juin 1815.

Le 18 juin, la défaite de Waterloo mit un point final aux espoirs de Napoléon de conserver le pouvoir, qu'il avait repris au Roi trois mois auparavant.
Louis XVIII, qui s'était réfugié en Belgique, s'allia aux armées étrangères -Anglais, Prussiens, Hollandais, Russes, Autrichiens...-pour reprendre la couronne. 

Ce chassé-croisé politique, appelé la Seconde Restauration, après la Première Restauration de 1814 et les Cents jours, s'opéra sur un fond de troubles et sur un fond d'occupation.

Le monarque, accompagné de sa famille, sa cour ses ministres et sa maison militaire, partit le 22 juin de Gand pour revenir à Paris, précédé de quelques jours par les troupes étrangères.

Un arrêt de quelques heures seulement fut prévu à Gonesse, où le Duc de Wellington, chef des armées anglaises, avait installé son quartier général.

Duc de Wellington


Dans l'après-midi du 4 juillet, le carrosse et sa suite arrivèrent.

Après sa réunion, Louis XVIII décida de faire une halte au Château d'Arnouville, où il comptait un fervent soutien, le Comte Charles-Henri-Louis de Machault.     

Intrigues au Château :

La nouvelle de la présence du Roi à quelques kilomètres de Paris se propagea rapidement dans la Capitale.

Hommes politiques et courtisans coururent rejoindre ceux qui étaient déjà là.

Les récits des participants à cet événement donnent une idée de l'ambiance qui régnait au Château, "devenu le rendez-vous de tous les gens d'intrigues".
"C'était la coterie permanente" et "les pièces étaient tellement encombrées de monde que difficilement pouvait-on y faire quatre pas en avant".

Ces "négociations nuit et jour" portaient surtout sur la composition du nouveau gouvernement, autour de Fouché, ministre sous Napoléon, mais qui serait incapable de d'imposer le retour du Roi.

Joseph Fouché, dit Fouché de Nantes, duc d'Otrante, comte Fouché

Il fallait donc aussi choisir le moment opportun pour l'entrée du monarque dans Paris.

La chambre des députés résonnait alors de débats houleux, l'armée française menaçait de se mutiner, la garde nationale était incertaine et des fédérés armés parcouraient les rues.

L'entrée des troupes étrangères dans la Capitale, en siège depuis le 29 juin, était prévue pour le 6 juillet. 

Séjour à la dure :

Les problèmes d'intendance furent inévitables dans ce petit village de deux cents âmes seulement.

Tout ce petit monde se logea comme il put, couchant "sur la dure". Certains furent obligés de se contenter d'un grenier.

Un lit fut tendu dans une pièce du Château accueillant d'ordinaire un billard pour le Roi, qui y fut "fort mal".

Les Talleyrand couchèrent dans les communs, tandis que les Chateaubriand dormirent dans le lit du Maire qui "s'était caché"!

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord

Pour se nourrir, ces derniers durent s'en remettre à un officier qui "alla à la picorée".
Car la servante du Maire avait mis à l'ombre toutes ses provisions et ne leur avait "réservé que ses injures dont elle n'était pas avare";
"On ne trouvait plus de pain dans le village".

Le Comte Beugnot pria sa femme de le rejoindre à Arnouville avec des provisions : "Durant ce combat de portefeuilles, les casseroles avaient été fort négligées :
nous mourrions de faim".   
 

Effervescence Rue de Paris :     

La garde nationale vint à Arnouville présenter ses hommages au Monarque et des royalistes arrivèrent pour faire entendre des cris de joie, d'amour et d'espérance.

"Des calèches, des berlines, des cavaliers, des piétons" , nota un officier anglais qui était Rue de Paris le 7 juillet au matin.

Une fête champêtre s'improvisa dans le parc du Château. Tout le monde était venu avec un petit panier ou quelque chose d'équivalent.
Des rires joyeux et parfois un "Vive le Roi" résonnait de tous côtés, auxquels répondaient les cris puissants de la foule assemblée au dehors.

On écrivit même que "plus de 100 000 individus empressés de revoir leur Roi couvraient la route d'Arnouville à Paris."

Les récits des opposants à Louis XVIII sont fort différents. "Les faubourgs de Paris étaient remplis de groupes qui insultaient les royalistes allant à Arnouville".
Des gardes nationaux furent "sabrés" par la gendarmerie à la barrière de Saint-Denis, qui fut fermée un temps pour empêcher les royalistes de rejoindre le Château.

En arrivant à Arnouville, une famille venue comme en pèlerinage, reçut des pierres lancées par la populace qui s'ameuta.

Départ royal :

Louis XVIII quitta finalement Arnouville dans l'après-midi du 7 juillet.

Après être passé à Garges et à Stains, il s'arrêta à Saint-Denis, où il passa la nuit, avant de faire son entrée le lendemain dans la Capitale.

Louis XVIII fit son entrée à Paris

Le calme ne revint cependant pas dans les environs, car des troupes prussiennes restèrent pendant des mois, bivouaquant, réquisitionnant, pillant les maisons bourgeoises .

Un problème que le Comte de Machault sut éviter, en demandant au Duc de Wellington de lui laisser des soldats pour veiller sur son Château et sa chasse.   

Nous tenons à remercier :

Catherine Roth et Vincent Pruchnicki  pour nous avoir fourni les principaux extraits des "Mémoires d'outre-tombe" de Chateaubriand, afin de rédiger ce texte,

Geneviève Pentecôte, pour le prêt de nombreux livres d'Histoire,

Hervé Le Ster Degouy qui, avec sa gentillesse habituelle, illustre chacun de nos chapitres.         

             

 

Le passage de Louis XVIII dans notre Château d'Arnouville
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Fourel
Invité
Fourel

Je savais que Louis XVIII était passé par là mais pas son histoire au château.
On peu dire que c'est une belle histoire que vous racontez.
La guerre avait assez durée avec Napoléon et cela depuis 15 ans en Europe , la France avait soif de Paix et de repos , il fallait tourner la page.
Mais on ne refait pas l'histoire, tout change tout s'en va et quelque fois ça revient.