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Le court exode de 1914

"Nos parents, tous les deux belges wallons, se sont rencontrés à Paris en 1899 dans le quartier de la Bastille, près du Faubourg Saint-Antoine où notre père travaillait comme ébéniste. Ils furent parmi les premiers à s’installer en 1905 rue François Millet, dans le nouveau quartier du Cottage d’Arnouville.  Notre père Ernest adorait la musique et jouait fréquemment  de l’accordéon dans les cafés du quartier : en face de chez nous dans les jardins du Petit Robinson de M. Personne, chez Sannier, café de Picardie rue Carpeaux et aussi «chez Maudonnet » , près du passage à niveaux et du pont du Cottage. Il se rendait quotidiennement à Paris par le train pour son travail  et avait donc des nouvelles fraiches des évènements.

Au début de la guerre, il s’occupa de populations  du Nord de la France et de Belgique réfugiées à Arnouville et servit parfois d’interprète, parlant un peu le flamand. Les trains civils ne circulant plus en septembre 1914, il faisait la route à pied tous les jours pour aller travailler, soit près de trente kilomètres allez et retour. Les troupes allemandes approchant, il décida avec sa femme Marie d’éloigner leurs quatre enfants et de partir en Auvergne dans la direction de Saint-Flour, notre mère se souvenant que c’était de cette région qu’étaient originaires ses grands-parents Saviniac et Astorg, chaudronniers ambulants exerçant aussi bien aux Pays-Bas qu’en Espagne. Nous prîmes donc la route avec nos parents ; nous les aînées âgées de 14 et 10 ans, et nos deux petits frères âgés respectivement de 6 et 4 ans, natifs d’Arnouville. Dépourvus de moyen de locomotion, nous n’allâmes pas très loin, guère plus que le sud de Paris - vers Brétigny ? – et notre aventure s’acheva pour notre « groupe des six » au domicile de la grand-mère Hortense à Paris, rue de la Roquette. Ce fut peut-être un bien de rebrousser chemin car nous avons su bien plus tard que la famille était en fait native de Pleaux dans le Cantal, à la limite de la Corrèze, à près de 100 kms de St-Flour et que le voyage aurait été une vraie expédition avec quatre enfants dont deux en bas âge »

Après quelques semaines d’attente, tandis qu’Hélène restait à Paris pour s’occuper de sa grand-mère et pour entrer en apprentissage, Marthe rentra à Arnouville avec ses parents et ses petits frères. Elle ne pouvait alors deviner que quelques vingt-six années plus tard, ce serait elle qui ferait le même exode avec ses propres enfants au départ d’Arnouville et jusqu’à Angoulême cette fois ci… 

(propos recueillis vers 1970 par D. Watel auprès de Marthe et Hélène Godfroid, ses grand-mère et grand-tante maternelles).

Souvenirs d'Arnouville: l'Exode en 1914
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